Deux scaphandriers se font couper l'oxygène
Vincent Gauthier
Le Nouvelliste
(Trois-Rivières) La fermeture forcée du chantier de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, lundi matin, aurait pu entraîner des conséquences dramatiques alors que des syndiqués ont fermé le compresseur qui fournissait l’oxygène à deux scaphandriers qui se trouvaient sous l’eau.
Le scaphandrier Danny Montmarquette déplore les façons de… (Photo: François Gervais) - image 1.0
L’incident, qualifié de «carrément dégueulasse» par le président de la CSD-Construction, jeudi en commission parlementaire sur le projet de loi 33 à Québec, a immédiatement soulevé l’indignation de la ministre du Travail Lise Thériault.
«Je ne peux pas croire qu’en 2011, dans une société civilisée, on use de moyens comme ça et qu’on mette vraiment la vie des gens en danger», a déploré la ministre lors d’un point de presse.
Patrick Daigneault, président de la CSD-Construction, a clairement illustré la dangerosité du méfait, qui a heureusement fait aucun blessé.
«C’est comme quand il y a un hélicoptère et que les hélices arrêtent de tourner. Quand on a plus d’air, on n’a plus rien», a-t-il expliqué à la ministre Thériault.
Danny Montmarquette, l’un des deux plongeurs privé d’air alors qu’il s’affairait à la réfection du quai sous l’eau, trouve surtout regrettable la façon de faire de la soixantaine de syndiqués venus fermer illégalement le chantier.
«Il restait de l’air en masse (en réserve), mais ça reste qu’ils ont fermé l’air respirable. Il y avait des plongeurs à l’eau et ils sont rentrés avec l’intimidation (sur le chantier). Au lieu de demander gentiment de fermer le chantier, ils ont fermé la génératrice. C’est ça qui est déplorable», a-t-il mentionné, quelque peu agacé par la présence d’une représentante syndicale qui épiait ses moindres déclarations.
Selon les informations recueillies sur les lieux, deux compresseurs auraient été fermés au moment de la visite syndicale. Un premier, alimentant les plongeurs en chaleur, aurait été fermé volontairement par un employé qui supervisait les opérations et qui était en contact avec les employés sous l’eau. C’est le second compresseur, devant fournir l’oxygène, qui aurait été éteint sans aucun consentement.
Toutefois, le scaphandrier rappelle qu’en aucun temps sa vie a été en danger, notamment en raison du système de sécurité qui encadre les opérations.
«Il n’y a pas eu de frousse. Il y a un backup, mais il ne restait plus d’autre air que le backup. Avoir travaillé dans plus profond, ça aurait pu être plus dangereux. Le problème, c’est de fermer les choses sans en parler aux gens», a expliqué le scaphandrier, qui n’a toutefois pas décidé de porter plainte auprès des autorités policières, pour l’instant.
»Pas de malice»
Aux abords du chantier de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, les porte-paroles tentaient de minimiser la gravité de l’incident, se limitant à expliquer qu’une plainte avait été logée auprès de la Commission de la construction du Québec (CCQ) par l’employeur des scaphandriers, SPG Hydro International.
«Les plongeurs ont émis une plainte à la CCQ, pour l’arrêt illégal des travaux. Et ils ont mentionné qu’il y avait eu cet incident-là. Pour la suite, il n’y aura pas plus que ça», a soutenu Pierre-Yves Gélinas, chargé de projet chez Maskimo.
«Les plongeurs ont trois systèmes de sécurité alors ils n’étaient pas en danger réel. Il y aurait pu avoir danger pour la vie des plongeurs, mais on en n’est pas arrivé là. On ne cherche pas à savoir qui est le coupable. Ils ont éteint ça dans le feu de l’action», a-t-il ajouté.
Directeur de chantier, Paul Gendron a également tenté de calmer le jeu auprès des médias.
«Ça ne vaut pas la peine de faire un plat avec ça. C’est un geste malencontreux qui est arrivé par hasard. La personne qui a fait ça n’avait aucune mauvaise intention», a supposé l’employé de la firme de génie-conseil, Roche.
Selon ce dernier, aucune directive syndicale n’avait été émise pour poser un tel geste. «Tu ne peux pas contrôler autant de personnes sur un site comme ça. Le syndicat avait émis des directives de ne toucher à rien. Dans des situations comme ça, on sait que ces gars-là, ça n’écoute pas toujours», a raconté M. Gendron.
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